Mais où est donc passé le sixième rapport du GIEC ?

Parution dans La Libre Belgique le 02/08/2022

Déni et irresponsabilité climatique

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« Tu ne vas pas nous saouler avec ton catastrophisme sur le climat », « on pourrait faire tous les efforts en Belgique que ça ne changerait rien à cause de la Chine et des États-Unis », « et les minerais dans la batterie de ton vélo électrique, tu as vu dans quelles conditions ils sont extraits ? », « les éoliennes font pire que mieux, en plus c’est intermittent », « les voitures de sociétés sont les plus propres », …

« Et ma liberté ? ». De se déplacer quotidiennement seul en voiture même pour des petits trajets, de manger de la viande, de partir en avion même pour un city trip de 2 jours, de privilégier la grande distribution aux petits producteurs, de rouler à 120km/h sur l’autoroute, de faire fonctionner l’air conditionné, … « Faut arrêter avec la culpabilisation », « si tu veux te priver de tout ce qui fait plaisir, c’est ton problème… mais ne t’occupe pas de mon confort »,…

Notre société s’enfonce collectivement dans l’angle mort des conséquences de nos modes de vie. Pourtant, qui peut consciemment accepter l’insuffisance de l’action face au dérèglement climatique ?Sécheresses, incendies, migrations, inondations, pénuries alimentaires, ainsi que les nombreuses conséquences à la destruction de la biodiversité. Nous devrions soit abandonner une partie de notre confort occidental, soit accepter que la planète devienne inhabitable pour des milliards d’êtres humains.  Face à ce choix impossible, la solution pour laquelle nous optons collectivement est le déni : en continuant de vivre en faisant abstraction de la réalité, nous faisons le choix collectif d’accepter de graves atteintes à l’humanité qui ne feront que s’amplifier dans les prochaines années. Même économiquement, c’est un pari perdant pour nos sociétés… Ce déni climatique est une donnée fondamentale du problème qui est malheureusement exploitée par la sphère politique à des fins électoralistes.

Ce contexte qui peut être qualifié de plus grand défi pour l’humanité est décrit dans tous ses détails dans les rapports du GIEC publiés depuis 1990, alors que cela fait plus de 50 ans depuis que les premiers scientifiques alertent à ce sujet. Le 4 avril 2022, le groupe de travail 3 a publié le volet “Atténuation des changements climatiques” ; on peut en retenir que techniquement il y a un très grand nombre de décisions qui peuvent être prises pour réduire les conséquences négatives de l’activité humaine sur notre planète. Ce rapport pointe notamment qu’il est crucial que le pic des émissions de CO2 soit atteint en 2025 : il nous reste moins de 3 ans pour agir… La complexité de ce défi est aussi grande que la nécessité que tous les acteurs de la société, aussi bien les décideurs politiques, les entreprises et les citoyens, se mobilisent sans relâche.

Malheureusement, la puissance du déni collectif est telle que nous pouvons déjà être convaincus que les actions qui seront réalisées durant les prochains mois seront très loin de ce qui est recommandé par le GIEC. Les médias parlent d’urgence climatique depuis au moins 3 ans. Cependant, nous ne percevons pas dans l’évolution de la société un tel sentiment d’urgence dans les actes !  Un des indicateurs représentatifs de ce déni collectif face à l’urgence climatique est le niveau de communication des partis politiques suite à ce troisième volet du rapport du GIEC : le mot d’ordre général de ceux qui pèsent sur les décisions politiques est le silence assourdissant, le néant. Ce silence est notamment une conséquence de la décrédibilisation des idées et des personnes qui militent pour une accélération de la transition vers une société durable.

Pour justifier de freiner la transition, voire maintenir le statu quo, autant que possible, les décideurs politiques et les entreprises ont un alibi : les gens. La vision individualiste de nos sociétés pousse à faire croire que le problème serait une question de choix individuels.  Or, la solution à un problème collectif ne peut venir que des autorités publiques, et à tous les niveaux de pouvoir. Les personnes précarisées sont celles qui subiront le plus le coût économique d’une société durable et ce sont également elles qui seront les plus sujettes aux conséquences du dérèglement climatique. Il est inacceptable que les personnes qui ont les capitaux financier et culturel les plus bas soient les victimes de l’irresponsabilité climatique des plus nantis.

Pour être à la hauteur du défi climatique, les décideurs politiques risqueraient certainement de se sacrifier sur le plan électoral. Étant donné l’inertie collective qui pousse la majorité des citoyens à vouloir conserver autant que possible leur confort, il leur suffit de montrer qu’on agit (un peu), de semer le doute sur les solutions pour la transition (énergies intermittentes, …), de conjecturer que la solution viendra d’innovations technologiques (ignorant ainsi l’effet rebond), d’agiter la menace d’une éventuelle décroissance et de ses effets liés pour tuer tout débat sur la sobriété, …

Certains partis se réfèrent aux rapports du GIEC uniquement pour s’opposer à la sortie du nucléaire ; la prolongation de deux ou sept réacteurs ne constitue pas un programme face à l’urgence climatique. Pourtant, ce même rapport définit la notion de sobriété comme “toutes les mesures qui permettent d’éliminer l’utilisation d’énergie, de matériaux, de terres et d’eau tout en garantissant le bien-être de tous dans le cadre des limites planétaires”.

La neutralité carbone en 2035, voire 2050, ce n’est pas suffisant pour atteindre le pic des émissions en 2025 ; 3 ans, c’est trop court pour espérer raisonnablement que les innovations technologiques soient déployées massivement pour avoir un réel impact au niveau mondial. Qu’il s’agisse de greenwashing ou non, les décideurs politiques et certaines entreprises envoient le message qu’ils agissent ; le problème n’est plus l’inaction mais l’insuffisance de leurs actions qui passent sous silence les conclusions du GIEC.

La démocratie est censée permettre de viser le bien commun ; le défi numéro 1 des prochaines années nécessite qu’un discours de vérité prenne le dessus sur les calculs électoralistes. Agissez maintenant !  L’inertie sociétale n’est pas une excuse pour justifier la lenteur et l’insuffisance de l’action climatique ; c’est une raison qui doit pousser à renforcer la communication et l’action à court terme avec un front uni grâce à un débat apaisé et respectueux. Alors, positionnez-vous !  Considérez-vous que l’action face au dérèglement climatique soit suffisante ?  Si vous remettez en doute les conclusions du GIEC, alors assumez-le publiquement ; sinon, partagez-les sans relâche ! Aucun groupe politique n’a le monopole de l’urgence climatique… C’est l’affaire de toute la société mais les citoyens ne peuvent plus servir d’alibi à votre irresponsabilité. Just look up.

Des citoyens qui regardent vers le haut

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